|
La guerre de Corée traduit une suite d'événements qu'il était difficile d'analyser tant
que se déroulait l'action, et dont la synthèse n’est devenue vraiment lisible que
longtemps après pour la plupart des observateurs.
On peut dire qu’elle ne fut pas un conflit unique, mais plutôt l’intégration d’une série de
conflits conjugués.
Il y eut tout d'abord une guerre civile entre les deux moitiés d'un pays divisé par les
puissances extérieures ;
Puis, au sein de la partie sud, une guerre subversive de type révolutionnaire ;
Puis une croisade pour libérer la moitié du pays devenu communiste ;
Puis une guerre entre la république populaire de Chine et les USA ;
A l’échelon planétaire, c’était le prolongement militaire d'une compétition économique et
idéologique entre l'Union soviétique et les Etats-Unis, ces derniers voulant établir et
maintenir l’hégémonie américaine en Asie orientale, tout en s’efforçant (avec les Anglais)
d’éradiquer l’influence française au Proche-Orient (Syrie-Liban) afin de remettre en cause
notre présence au Maghreb et surtout au Sahara compte tenu de ses gisements de pétrole.
Déclenchée juste après le deuxième conflit mondial, la Guerre de Corée aura été
particulièrement meurtrière.
Elle a coûté en trois ans plus de 4 millions de vies humaines, dont beaucoup parmi les
populations (2 millions de civils nord-coréens, 1 million pour la Corée du Sud).
Les forces onusiennes ont eu 38 500 morts, et les forces sud-coréennes 47 000 ;
Les combattants nord-coréens ont déploré 500 000 victimes, et leurs alliés chinois prés de 2
millions de morts …
Par l’inconséquence initiale de certains diplomates (qui ne croyaient pas possible une
extension internationale du conflit), par le risque d'embrasement auquel la Chine a confronté
un monde soudain coupé en deux blocs, par l'ampleur des moyens matériels et humains
mobilisés des deux côtés, par sa durée, par les tergiversations des états-Unis dirigés à
l'époque par Harry Truman... la guerre de Corée est l'un des événements paroxysmiques
de la guerre froide.
Elle a en même temps démontré la veulerie et l’inconsistance de certaines hautes
personnalités U.S. à l'égard de ce grand visionnaire et incomparable chef de guerre du XXe
siècle que fut le Général Douglas MacArthur
:
Ils l’avaient nommé commandant de toutes les forces occidentales et alliées en Asie quand
tout allait mal, et ils le limogèrent parce que son courage et sa réussite l'avaient rendu trop
lucide et donc très populaire.
Douglas MacArthur avait vite compris que cette guerre de Corée était une partie de
poker-menteur entre deux coalitions géopolitiques et militaires, dont l'une avait à sa
tête les états-Unis derrière le paravent de l'ONU, et l’autre… un tigre de papier derrière
son rideau de bambous. Il savait que l’esbroufe et le culot du système de propagande
soviéto-maoïste n’avaient d’autre objectif que de donner aux européens de l’époque
une mentalité de vaincus… sans combat.
En tout cas, sur l’axe du temps du XXème siècle, le conflit se situe à la charnière de deux
ères bien distinctes.
En effet, l'armistice signé en 1953 permettait à beaucoup de responsables d’espérer ou de
croire que l'humanité commençait à s’assagir, parce que la susceptibilité agressive des
nations occidentales dites évoluées était partout en régression.
Ce n’était certes pas le cas pour certains pays en cours de développement, toujours
considérés en 2009 comme immatures et dangereux par les instances internationales.
C'est la raison pour laquelle l'armistice de Juillet 53 fut acclamé à Washington comme un
triomphe de la sécurité collective, sous l’égide de l’ONU.
Ce que démentirent peu après l’affaire du canal de Suez, puis la prolongation du blocus de
Berlin, puis le coup de Budapest, puis les fusées de Cuba, puis la déroute américaine au
Vietnam, puis la mise en place des missiles SS-20…
Tous ces évènements ont donné raison à l’analyse prospective de MacArthur…
Une décennie plus tard, sur son lit de mort, le général supplia le président Lyndon
Johnson de ne pas engager une armée de terre au Vietnam, compte tenu de
l’écrasante supériorité stratégique aérienne et nucléaire des Américains.
Ce fut la dernière prise de position officielle d'un homme qui s'était battu toute sa vie en vertu
du vieux principe :
« A la guerre, toutes les erreurs sont excusables sauf l'inaction et le refus de prendre des
risques ».
Mais devant l'affaire du Vietnam où les Français eux-mêmes avaient échoué, il avait reconnu
que le risque conjoncturel était trop grand, les cartes du jeu n’étant plus les mêmes…
Enfin, force est d’observer que la guerre de Corée a eu une conséquence économique
décisive : ainsi les états-Unis, en confiant à Douglas MacArthur la gouvernance du Japon
pour en faire leur base océanique asiatique après le martyre thermonucléaire d'Hiroshima et
de Nagasaki… ont donné à l'ex-empire du Soleil-Levant l'occasion d'entamer un processus
de développement irréversible, qui allait en faire la troisième puissance économique
mondiale dès les années 60…
En parfait connaisseur de l’Extrême-Orient, MacArthur n'avait fait que reprendre et
encourager le concept proclamé par les Japonais dès les années 30 et qui avait abouti
à Pearl Harbour : créer une « sphère de coprospérité » de l'océan Pacifique dans sa
bordure asiatique…
CONCLUSION du CONFERENCIER :
"En ce 17 avril 2009 -soit 56 ans après la guerre que je viens d’évoquer- le nord et
le sud coréen s’observent toujours, l’arme au pied : deux visions du monde
radicalement différentes face à face, et donc rien de changé depuis les années
50…sauf au plan technologique. En effet :
- Les deux Corées ont développé entre temps un arment thermonucléaire,
malgré l’interdiction formelle du traité de 1953.
- La Corée du Nord possède des missiles à longue portée… comme celui qu’elle
vient de lancer ("à titre expérimental") en direction du Japon le 6 avril
2009…".
|